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Ce bon vieux sujet de dissertation, cher aux lycéens des années soixante, n’en finit pas de trouver illustration dans l’actualité
française.
Le dernier avatar en est sans nul doute le visite d’Etat rendue par Nicolas Sarkozy à sa Majesté la Reine Elisabeth. Chacun sait que
lorsqu’un Président de la République se rend à Londres, comme dans toute autre capitale en visite officielle, il a autre chose à y faire que de courir les musées ou les boutiques.
Sans doute était-ce pourtant ce à quoi s’attendaient certains chroniqueurs.
De quoi parla-t-on avant ? des enjeux européens ? des divergences franco-britanniques sur la sécurité mondiale ? de
l’évolution des cours comparés de la Livre Sterling et de l’Euro ?
Pas le moins du monde. Ce qui intéressait ces spécialistes des relations internationales, c’était la capacite (lire bien entendu
l’incapacité supposée) du couple Sarkozy à se plier aux rigueurs du protocole de la cour d’Angleterre. Il est bien connu que nous autres Français ne sommes que des butors incapables de
respecter les usages, et que notre Président n’est qu’un malappris pour ne pas dire un malotru. On glosa donc sur l’art de tenir sa fourchette, sur celui de faire la révérence, sur le
bling-bling et sur l’étiquette, la forme vous dis-je, le paraître avant l’être.
Vint le voyage, vint le repas officiel au château de Windsor.
De quoi parla-t-on ensuite ?
Du menu, bien sur, des toats échangés, à peine, il aurait fallu s’attarder sur leur signification, on sait que l’on servit des
mandarines, que de nombreux convives laissèrent, faute de savoir les manger à la fourchette, ça c’est important !
On évoqua la tenue de Carla Bruni-Sarkozy, on n’ignore plus rien des couturiers où elle fit son choix, en confection, ni du joaillier
qui fournit la parure qu’elle portait. On constata qu’elle savait faire la révérence, comme il fallait, pas plus. C’est comme si un grand ouf de soulagement avait jailli des poitrines des
commentateurs !
Pourtant, il y eut dans cette visite d’Etat des choses fort importantes qui furent dites, le toast du Président de la République Ã
Windsor n’est pas neutre, ce n’est pas un simple exercice de style de banquet, c’est l’affirmation d’une volonté politique, qui en a parlé ? le discours de Nicolas Sarkozy devant les
parlementaires britanniques, parlant de fraternité, d’amitié entre nos deux peuples, ce n’est pas non plus anodin, qui l’a commenté ? l’interview donné à la BBC n’a donné lieu qu’Ã
de rares citations pour le moins réductrices, il aurait mérité bien plus long développement.
L’être ou le paraître ?
Quand Nicolas Sarkozy évoque à ces trois occasions la place de la France dans la défense européenne, la place de la défense européenne
dans l’OTAN, c’est quand même plus important que de savoir s’il s’est bien servi de son couteau et de sa fourchette. Quand le Président de la République évoque la fraternité entre nos
peuples, l’amitié qui doit nous unir, c’est quand même plus important que de détailler le col rond de son épouse.
Décidément, l’importance exagérée donnée aux apparences dans la campagne présidentielle n’est pas retombée, vivement que l’on
s’intéresse plus à l’être qu’au paraître, vivement que revienne le temps du politique.
Jean-Noël Amadei"
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